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INTERVIEW d'André CHARLIN (1980)

Mis à jour : 10 oct. 2019

Transcription d'une interview d'André CHARLIN qui a eu lieu dans les années 80

(Le texte des questions n’apparait pas, seules les réponses d’André CHARLIN ont été retenues)


J'ai réalisé le premier microsillon en Europe en 1948. C'était un disque enregistré pour L’Oiseau Lyre présidé par Mme Louise DYER. Nous avons enregistré une jeune chanteuse, Lucie DAULLENE, qui chantait une poésie de CANTELOUBE.

La présentation de la première du microsillon s'est faite au studio des champs Elysée devant la presse et les professionnels réunis. A cette époque, pendant 4 bonnes années, j'ai été tout seul en Europe. Les choses ont fonctionné jusqu'à la crise du disque de 1960, date à laquelle mes clients Ducretet Thomson, Erato, Discophiles Français, Lumen etc. ont réduit leurs commandes.




Je me suis dit qu'après avoir enregistré pour les autres je pouvais bien faire des disques sous mon nom.

C'est ainsi que j'ai commencé ma propre collection. C'est à cette époque que j'ai repris certains enregistrements réalisés pour Ducretet alors qu'il cédait l'activité disque à Pathe Marconi.


Mon activité dans le domaine de l'acoustique et de l'électroacoustique a démarré en 1922 avec mon premier brevet sur les hauts parleurs électrodynamiques, brevet que j'ai revendu à la Thomson en 1927. Au départ il n'existait rien, tant dans le domaine du cinéma que dans le domaine du disque. Je suis avant tout un fabricant et dès l'origine du cinéma parlant j'ai travaillé sur des équipements de salle de cinéma.

En 1948 j'avais équipé 1 000 salles en France sur un effectif global de 4 000 salles à l'époque. J'avais également fabriqué 4 camions son pour les enregistrements pour le cinéma. A l'époque les enregistreurs n'existaient pas et les équipements autonomes encore moins. A l'origine le son était enregistré directement en optique sur de la pellicule. Pour assurer la prise de son et l'enregistrement sonore il fallait du gros matériel, d'où la fabrication de camions son.

Avec mes travaux pour le cinéma, j'avais acquis une bonne expérience de l'enregistrement et du maniement des microphones. Je n'étais donc plus tout à fait débutant quand j'ai commencé à réaliser des disques. Quand j'ai commencé à faire des disques, comme il n'existait rien, je me suis mis à fabriquer un magnétophone.


Il faut commencer par le commencement !


J'ai enregistré en stéréo dès 1954. Le disque des Cinq Russes est l'un de mes tous premiers enregistrements stéréophoniques réalisé avec la tête artificielle. L'orchestre était dirigé par le chef Hongrois SOMOGYI et c'était formidable. Mon premier enregistrement stéréo en tête artificielle avait été réalisé juste avant en Belgique. C'était un enregistrement d'orgue et la tête artificielle ayant bien fonctionné nous avons donc décidé de l'utiliser pour l'enregistrement des Cinq Russes.

Les premières gravures stéréo datent de 1958. A cette époque j'ai eu beaucoup d'enregistrements récompensés mais c'était normal car j'étais tout seul.


La tête artificielle : Déjà pour le cinéma j'avais constaté que les prises de son multi microphones étaient très délicates et posaient des problèmes de transferts de son, de phase et de positionnement.

C'est ce qui se fait aujourd'hui et c'est une bêtise.


Nous avons une oreille de chaque côté de la tête, il faut en tenir compte. Si les sons graves atteignent bien les 2 oreilles les sont aigus n'atteignent eux qu'une seule oreille. L'autre étant dans l'ombre en quelque sorte et n'étant pas atteinte. Ce phénomène apparaît des 1500 périodes. Il faut donc tenir compte de cela. Avec plusieurs microphones les sons arrivent aux microphones à des moments différents. Pour les sons aigus ça fait de la bouillie.

Il est donc absolument impossible de faire un enregistrement en mélangeant plusieurs micros. Pour faire une prise de son stéréophonique, il faut donc penser à nos 2 oreilles. Faisons donc comme le Bon Dieu a fait et utilisons 2 micros avec une tête entre les 2 ! J'ai beaucoup travaillé sur la tête artificielle et réalisé de nombreux prototypes. La tête artificielle est un outil hautement acoustique et il faut éviter toute réflexion sur la surface.

On ne peut pas comparer un microphone à une oreille.

Le microphone lorsque il est bon, agit d'une façon proportionnelle à la pression acoustique et c'est tout. Alors que nos oreilles font un tout autre travail. C'est un tout autre instrument et on ne peut pas comparer l'oreille et le microphone ! Il est donc tout à fait grotesque de représenter une vrai tête dans une combinaison de tête artificielle, ça n'a pas de sens.


Lorsque je dois faire un enregistrement j'écoute l'orchestre dans la salle, j'observe les réverbérations et je découvre ainsi la place idéale pour le microphone. A ce moment-là il suffit de mettre l'orchestre autour du microphone pour obtenir un bon résultat. La réverbération et les échos rapides aux hautes fréquences sont des difficultés que l'on peut parfois surmonter en installant des écrans. Il faut toujours commencer par choisir la place du microphone puis mettre les musiciens autour.

Malheureusement généralement on fait l'inverse, on a des salles avec des estrades pour les musiciens mais ce n'est pas forcément la meilleure place et malheureusement ça ne marche pas !

C'est tout le travail que nous avons réalisé pour les 5 russes et pour les 7 paroles du Christ en croix où le centrage de l'orchestre a été défini par l'acoustique du local.

J'ai beaucoup travaillé pour les Tchèques, ainsi qu'en Allemagne avec Schwann, en Belgique avec musique en Wallonie, qui était dirigé par un Notaire de Liège, en Italie avec l'Angelicum de Milan mais malheureusement l'Angelicum a disparu.

J'ai beaucoup appris auprès des Tchèques car nous avons enregistré de très grands orchestres avec chœurs jusqu'à 300 exécutants.

Ces travaux d'enregistrement avec un très grand nombre d'exécutants m'ont fait faire des progrès considérables en prise de son.


Note : André CHARLIN organisait des comparaisons “live/enregistrement” et mystifiait facilement son auditoire du fait de la réalité de ses prises de son et de la qualité de son équipement de reproduction électroacoustique.





Cette interview est extraite de l’émission Témoignage qui était diffusée, dans les années 80, sur la radio périphérique “Fréquence 94”.

Dans les années 80, le phénomène des radios libres a littéralement explosé. “Fréquence 94” était l’une d’elle et était basée à Créteil. .. dans le 94.

Cette radio a définitivement cessé d’émettre en 1987.

L’émission Témoignage était préparée et présentée par Gérard DELARUE et Jean Claude CHEVIGNON. Ils avaient fait un sujet sur André CHARLIN courant 81/82, sujet qui a été rediffusé en 1983 après le décès d’André CHARLIN.


Vous pouvez suivre quelques extraits de cette discussion et entendre André CHARLIN parler de ses enregistrements.



Source Gbaudiovision : ICI




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Diapason d'or Editions A.C.
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